Jay Ingram :
Hey, how are you? Yeah. You’re a good dog, eh?
Salut, comment ça va? Très bien. Tu es un bon chien, hein?
Allison Sekuler :
Voici mon coanimateur, Jay Ingram, et son chien Robbie. Aujourd’hui, on s’intéresse à la façon dont les animaux de compagnie peuvent nous aider à défier la démence. Et Robbie est là pour nous aider à flairer des indices.
Jay Ingram :
Bienvenue à Défier la démence, le balado pour quiconque a un cerveau.
Allison Sekuler :
Défier la démence, c’est vivre de manière à garder son cerveau en santé et à réduire les risques de démence. Car la démence ne dépend pas seulement des gènes. La génétique peut jouer un rôle, mais des facteurs liés au mode de vie, comme le manque d’exercice et la solitude, ne sont pas à négliger.
Jay Ingram :
Les meilleures preuves scientifiques disponibles indiquent que, si nous apportions des changements sains pour contrer ces facteurs de risque, nous pourrions réduire d’au moins 45 % les cas de démence à l’échelle de la planète.
Allison Sekuler :
Aujourd’hui, à l’émission, nous allons découvrir comment nos animaux de compagnie pourraient contribuer à atteindre cet objectif de 45 % en renforçant la santé de notre cerveau.
Jay Ingram :
Nous allons aussi explorer dans quelle mesure des animaux de compagnie robotisés pourraient devenir des compagnons pour les personnes atteintes de démence, qui ne peuvent plus s’occuper d’animaux en chair et en os.
Je m’appelle Jay Ingram. Je suis écrivain et communicateur scientifique. J’ai toujours été fasciné par le cerveau humain. Comme vous le constaterez, je m’intéresse aussi aux animaux de compagnie et à leur cerveau.
Allison Sekuler :
Je m’appelle Allison Sekuler. Moi aussi, je suis fascinée par le cerveau et les animaux de compagnie. Je suis présidente et scientifique en chef à l’Académie de recherche et d’éducation Baycrest et au Centre d’innovation sur la santé du cerveau et le vieillissement.
Jay Ingram :
Joignez-vous à nous pour défier la démence. Parce qu’il n’y a pas d’âge pour prendre soin de son cerveau.
Allison Sekuler :
D’après une étude de 2022 sur l’industrie des animaux de compagnie, il y aurait plus d’un milliard de chiens et de chats dans le monde.
Jay Ingram :
Ça fait beaucoup. Il y a aussi énormément d’animaux de compagnie au Canada. D’après un rapport du gouvernement canadien de 2024, parmi plus de 17 millions de ménages canadiens, environ quatre sur dix ont un chat, et presque la même proportion a un chien. On compte aussi 2,5 millions d’oiseaux, 8,6 millions de poissons, 1,2 million de petits mammifères et près de 250 000 reptiles.
Allison Sekuler :
Les reptiles sont visiblement moins populaires, mais aujourd’hui, on s’intéresse surtout à l’incidence des animaux de compagnie sur la santé du cerveau. Non seulement c’est un sujet passionnant, mais mon coanimateur, Jay Ingram, vient également de publier un nouveau livre à ce sujet. Certains d’entre vous ne le savent peut-être pas, mais Jay est déjà l’auteur de 21 ouvrages scientifiques. Son dernier livre s’intitule The Science of Pets. Jay, peux-tu nous parler un peu de ton livre?
Jay Ingram :
Oui. D’abord, je pense qu’on ne peut pas parler d’animaux de compagnie sans tenir compte des humains avec qui ils vivent. Même si les chiffres montrent que les chiens et les chats ne sont pas les seuls animaux de compagnie, ce sont eux que l’on étudie le plus sur le plan scientifique. Pour moi, les questions les plus importantes sont, par exemple, pourquoi sommes-nous la seule espèce à avoir des animaux de compagnie? À quand remonte cette pratique? Et surtout, pourquoi le faisons-nous? Je pense qu’on pourrait bien découvrir la réponse à cette dernière question aujourd’hui. Posséder un animal de compagnie pourrait bien nous procurer le soutien émotionnel et mental dont on parle souvent dans ce balado.
Allison Sekuler :
Je parie que c’est vrai. Dans les épisodes précédents, nous nous sommes penchés sur le fait que la sociabilité, l’exercice physique et le bien-être sont autant de facteurs qui réduisent le risque de démence, et que tous ces éléments peuvent être associés à la présence d’un animal de compagnie. Alors, pendant tes recherches pour ton livre, as-tu trouvé beaucoup de discussions dans la littérature sur la façon dont les animaux de compagnie pourraient nous aider à stimuler la santé cérébrale et peut-être même à défier la démence?
Jay Ingram :
Ce n’est pas si simple. Il existe des preuves, assez solides, que les animaux de compagnie peuvent améliorer la santé physique d’une personne, voire la rendre plus heureuse. Mais quand il s’agit de défier la démence, il est encore trop tôt pour le dire. Je voulais en savoir plus, alors j’ai décidé d’approfondir le sujet avec mon chien Robbie.
Allison Sekuler :
Voici son histoire. Direction Victoria, en Colombie-Britannique, chez Jay, tôt le matin, alors que la journée ne fait que commencer pour lui et Robbie.
Jay Ingram :
Robbie, breakfast? Okay, out you go. Go on. Now, got to be quick. Get his dish. A cup of kibble, a little bit of water just to give it some moisture. That’s just a habit of ours, I don’t think he really needs it. Put it down. Now, then let’s just, oh, he’s right here. Now, he may have peed, or he may have pretended to pee. Okay, come on. I’ve caught him doing it twice, going out to about a few feet waiting and pretending to pee and coming back more quickly because he knows breakfast is ready.
Robbie, viens manger! D’accord, va dehors, allez. Maintenant, faut faire vite. Je prends sa gamelle. Une tasse de croquettes, un peu d’eau pour humidifier le tout. C’est juste une habitude chez nous, je ne pense pas qu’il en ait vraiment besoin. Je pose la gamelle. Bon, alors… oh, le voilà. Il a peut-être fait pipi, ou peut-être qu’il a fait semblant. Allez, viens. Je l’ai pris deux fois sur le fait. Il s’éloigne de quelques mètres, fait semblant de faire pipi, puis revient plus vite parce qu’il sait que le déjeuner est prêt.
Jay Ingram :
Robbie adore manger. C’est évident, mais il y a plein de choses chez lui qui me laissent perplexe, alors je passe beaucoup de temps à essayer de le comprendre, ce qui est probablement un excellent exercice pour mon cerveau. Ce matin, je me suis donné pour mission de découvrir d’autres façons dont Robbie pourrait contribuer à renforcer la santé de mon cerveau. J’ai invité une experte pour me guider dans cette démarche. Elle devrait arriver sous peu.
He’s never sure when we’re going to take him for a walk, so he’s pretty calm at this point. He’s had his breakfast, and after all, at this point in the morning, that’s all that counts.
Il ne sait jamais quand on va l’emmener en promenade, donc il est plutôt calme pour l’instant. Il a mangé, et après tout, à cette heure-ci, c’est tout ce qui compte.
Jay Ingram :
Robbie est un Troodle. C’est un croisement entre un caniche et un terrier irlandais. Je ne dirais pas ça devant lui, mais son côté caniche est plutôt charmant. Le côté terrier… un peu moins. Il est têtu, très concentré. S’il s’intéresse à quelque chose et que tu veux qu’il fasse autre chose, il fait mine de ne pas t’entendre. Parfois, je me dis qu’il est impossible à dresser. Mais en réalité, c’est peut-être juste qu’on n’a pas fait un très bon travail de dressage. Heureusement, c’est un chien très affectueux, et je l’adore.
Hey, how are you? Yeah, you’re a good dog, eh?
Salut, comment ça va? Oui, tu es un bon chien, hein?
Jay Ingram :
La plupart du temps, c’est à peu près le seul son qu’il émet. Ce chien est généralement très calme, sauf quand…
Dre Theone Paterson :
Hello. Hi, there. Oh, you, yes. Aren’t you adorable? And so awake in the morning. Hi.
Bonjour. Salut toi! Oui, tu es adorable? Et bien éveillé le matin. Salut.
Jay Ingram :
Hi, Theone.
Bonjour, Theone.
Dre Theone Paterson :
Hi, nice to meet you.
Bonjour, enchantée.
Jay Ingram :
I’m Jay. Actually, he went past you to make sure there weren’t any other people with you.
Je m’appelle Jay. En fait, il est passé devant vous pour s’assurer qu’il n’y avait personne d’autre avec vous.
Dre Theone Paterson :
Oh, yes. Got to make sure you get everybody and sniff everyone up.
Ah oui, il faut s’assurer de ne manquer personne… et de renifler tout le monde.
Jay Ingram :
Okay. Come on in, Robbie.
Allez, viens, Robbie.
La Dre Theone Paterson est professeure adjointe à l’Université de Victoria.
Jay Ingram:
That’s it? You’ve checked her out and she’s okay?
C’est bon? Tu l’as examinée et tout va bien?
Dre Theone Paterson :
It’s good, I’m good? Do I smell like kitty cats? Maybe. Well, he’s a cutie. He looks like he’s ready for a walk.
Tout va bien, c’est bon? Est-ce que je sens le chat? Peut-être… En tout cas, c’est un amour. On dirait qu’il est prêt à aller se promener.
Jay Ingram:
Oh, he’s definitely, and you know what? So the way he’s bouncing around, people think he’s a puppy.
Oh, carrément. Et vous savez, comme il saute partout, les gens pensent que c’est un chiot.
Dre Theone Paterson :
Yeah. How old is he?
En effet. Quel âge a-t-il?
Jay Ingram:
Six ans et demi.
He’s six and a half.
Dr. Theone Patterson:
Oh my gosh. Yeah. No, he’s puppy-like for sure. He’s got spunk.
Oh là là… Oui, il ressemble vraiment à un chiot. Il a de l’énergie à revendre.
Jay Ingram:
You know what’s exciting? We’re getting in the car, going for a car ride. We’re going to go to Parker Park. Have you been there?
Vous savez ce qui est excitant? On va monter dans la voiture pour aller se promener. Direction le parc Parker. Êtes-vous déjà allée là-bas?
Dr. Theone Patterson:
No, I don’t think I have, actually.
Non, je ne crois pas, en fait.
Jay Ingram:
It’s a long stretch of beach, so it’s perfect for dog walking.
C’est une longue étendue de plage, parfaite pour promener son chien.
Dr. Theone Patterson:
That’s great, yeah.
Super, génial.
Jay Ingram:
There are usually dogs. It’s not crowded with dogs, but I’m sure we’ll meet some.
Il y a souvent des chiens. Il n’y en a pas tant, mais je suis sûr qu’on en croisera quelques-uns.
Jay Ingram :
Theone s’est jointe à moi parce qu’elle mène des recherches sur le vieillissement du cerveau et sur la façon dont le mode de vie et les comportements peuvent influencer ce processus. Son objectif est de déterminer comment nous pouvons apporter des changements sains qui contribuent à prolonger notre vie et à garder le cerveau en santé le plus longtemps possible.
Jay Ingram :
Pensez-vous que nous avons fait des progrès significatifs dans la compréhension des facteurs qui contribuent à améliorer la santé du cerveau?
Dre Theone Paterson :
Je pense qu’il y a eu des progrès, c’est certain. D’après les rapports de la Commission Lancet et la mise à jour de l’année dernière, environ 45 % des cas de démence pourraient être évités en modifiant son mode de vie. Et si on arrive à repérer plus de risques, peut-être 60 % ou plus, on pourra, espérons-le, prévenir plus de cas et améliorer la qualité de vie des personnes âgées. Ce serait génial.
Jay Ingram :
Vous avez des chats, n’est-ce pas?
Dre Theone Paterson :
Oui, deux.
Jay Ingram :
Et pensez-vous que le fait d’avoir deux chats peut aider votre cerveau d’une manière ou d’une autre?
Dre Theone Paterson :
Assurément.
Jay Ingram :
Je suppose qu’ils vous tiennent compagnie.
Dre Theone Paterson :
Ah oui, ce sont vraiment des compagnons. En fait, ils appartiennent à ma partenaire. Mais oui, je pense qu’ils contribuent vraiment à mon bien-être. Ils sont toujours là, à mes côtés. Ils réclament de l’attention, ils me tiennent compagnie. Nous savons que les interactions sociales sont importantes pour la santé cognitive et physique. Alors, même si on ne les emmène pas nécessairement faire de longues promenades ou d’autres activités comme on le ferait avec un chien, ils sont présents, et on peut leur parler. Et moi, je leur parle souvent.
Jay Ingram :
Ah oui, bien sûr.
Dre Theone Paterson :
Je pense qu’à peu près tout le monde le fait.
Jay Ingram :
Oui, je pense même que je parlais aux deux lézards que j’ai eus… Mais vos chats sortent-ils dehors?
Dre Theone Paterson :
Non, ce sont des chats d’intérieur, mais on les laisse sortir sur la terrasse. L’un d’eux aime se promener et attend devant la porte pour sortir. On lui met alors généralement un harnais pour l’emmener dehors. C’est pas tout à fait comme avec un chien. Il s’arrête pour sentir toutes les fleurs et, en général, il va jusqu’au bout de la rue avant de vouloir rentrer, après environ 20 minutes. Ce n’est pas du tout sportif comme balade. Souvent, il attire des admirateurs qui s’arrêtent pour lui dire bonjour, et ça devient une interaction sociale. Réduire l’isolement social, surtout en vieillissant, est bénéfique pour la santé cognitive.
Jay Ingram :
Well, we’re here in the parking lot of Parker Park and there’s not a single car, so it might be you and me doing this social interaction.
Nous voilà dans le stationnement du parc Parker… et il n’y a personne. Du coup, ça va peut-être être juste vous et moi pour cette interaction sociale.
Dre Theone Paterson :
All right. Well, we’ll see.
Très bien. On verra bien.
Jay Ingram :
Okay. All right, let’s go.
D’accord. Très bien, allons-y.
Dre Theone Paterson :
Oh, he’s ready.
Oh, il est prêt.
Jay Ingram :
Now, Robbie’s been here often, so he’ll know exactly where to go, won’t you? He may look like a typical dog, but we think he has some unusual behaviors. We’ll see if any of them show up.
Robbie est déjà venu ici plusieurs fois, alors il sait exactement où aller, hein? Il a l’air d’un chien normal, mais on pense qu’il a quelques comportements inhabituels. On verra si certains d’entre eux se manifestent.
Dre Theone Paterson :
Okay.
D’accord.
Jay Ingram :
The first part of this little walk is we descend a bunch of stairs, so we are getting some exercise.
Pour commencer, on descend plusieurs marches, ce qui nous permet de faire un peu d’exercice.
Dre Theone Paterson :
Yeah, that’s great physical activity.
Oui, c’est parfait pour bouger.
Jay Ingram :
Faire de l’exercice, c’est un des avantages d’avoir un animal de compagnie. Mais je pense qu’il y a aussi quelque chose d’autre de super important : ce qu’on appelle le « bain de nature ».
Dre Theone Paterson :
Oui. Tout à fait. Il y a en effet des études qui montrent que les bains de nature ont un effet positif sur le bien-être, même quand c’est simplement dans des parcs en ville. Et certaines études suggèrent aussi que ça peut avoir un effet positif sur les capacités cognitives.
Jay Ingram :
We’ve got an amazing amount of kelp that’s been washed up on shore here.
Il y a énormément d’algues qui se sont échouées sur la plage ici.
Dre Theone Paterson :
Oh, yeah.
Oh, oui.
Jay Ingram :
Let’s let him off the leash and see what he does. I won’t predict, but I think he’s going to run like crazy.
Détachons-le et voyons ce qu’il fait. Je ne vais pas faire de prédiction, mais je parie qu’il va se mettre à courir comme un fou.
Dre Theone Paterson :
Oh, there he goes.
Oh, le voilà parti.
Jay Ingram :
Yeah. But sometimes it’s funny, he’ll run, he won’t stop. He’ll just run and run and run. But now he seems to be finding…. he’s probably finding a place to poo.
Oui. Des fois, c’est drôle, il court sans s’arrêter. Il court, il court, il court. Mais là, on dirait qu’il cherche… Il cherche probablement un endroit pour faire ses besoins.
Jay Ingram :
On a parlé de quelques avantages à avoir un animal de compagnie, comme les effets sur le cerveau et le mental, le fait de rester actif physiquement et le temps passé en nature. Est-ce qu’on pourrait les classer par ordre d’importance?
Dre Theone Paterson :
Je ne sais pas. C’est une très bonne question. Dans le rapport de la Commission Lancet, il est question des moments de la vie où différents facteurs de risque peuvent être importants. Et quand il est question de se créer des habitudes, évidemment, plus c’est tôt, mieux c’est.
Jay Ingram :
Pour moi, c’est justement l’un des plus grands défis. Mes enfants ont la trentaine et j’ai beaucoup de mal à les intéresser à des activités qui réduisent le risque de démence.
Dre Theone Paterson :
Oui, c’est vrai. À cet âge-là, c’est encore loin dans le temps.
Jay Ingram :
Je suis sûr que vous et moi, à leur âge, on n’y pensait pas vraiment non plus. Et je me demande souvent s’il y a une façon de faire comprendre aux jeunes à quel point ces facteurs de risque sont importants. Ce n’est peut-être pas facile de convaincre les gens dans la vingtaine et la trentaine, mais pensez-vous qu’un animal de compagnie pourrait avoir une influence positive sans qu’ils s’en rendent compte?
Dre Theone Paterson :
Je pense que oui. À mon avis, l’âge n’a pas d’importance quand il s’agit des effets positifs possibles sur l’activité physique, la socialisation et le bien-être en général. Je pense aussi que la dépression et d’autres problèmes psychologique sont des facteurs de risque chez les personnes d’âge mûr. Donc, si un animal peut avoir un effet positif sur notre bien-être psychologique dès le plus jeune âge, pour prévenir ou même atténuer ce genre de problèmes, c’est une excellente chose.
Jay Ingram :
C’est un excellent point, surtout que, d’après ce que j’ai lu, la dépression semble augmenter chez les jeunes. C’est beaucoup plus fréquent qu’on ne le pense.
Dre Theone Paterson :
Oui, je pense que c’est assez courant dans notre société aujourd’hui. L’anxiété aussi. Et tout ce qu’on peut faire pour améliorer la santé mentale à tout âge peut être utile, et je pense que les animaux de compagnie ont un effet positif à cet égard.
Jay Ingram :
Même si je dois dire que les animaux de compagnie, surtout mon chien, peuvent être frustrants.
Dre Theone Paterson :
C’est vrai. Mais en même temps, on reste à l’affût de tout ce dont l’animal a besoin. S’il a tendance à mâchouiller les pantoufles tous les jours à 15 h, vous devez rester vigilant et y penser, ce qui vous aide sans doute à rester un peu plus alerte et à améliorer votre mémoire. Et quand vous sortez, que vous marchez, en posant un pied devant l’autre, vous faites attention à ne pas trébucher, vous surveillez votre chien Robbie pour être sûr qu’il ne mange pas quelque chose qu’il ne devrait pas, par exemple. Tout ça, c’est de la stimulation cognitive.
Jay Ingram :
C’est intéressant, parce que je pense que la plupart des gens pensent aux mots croisés pour stimuler le cerveau et certainement pas à la promenade du chien. Mais je comprends ce que vous voulez dire. Si vous avez un chien qui n’est pas en laisse, vous ne pouvez pas le quitter des yeux une seconde.
Dre Theone Paterson :
Oui, et par exemple, la façon dont un animal de compagnie peut vous aider à entretenir votre santé cognitive, c’est en vous incitant à jouer avec lui. Vous allez vous dire : « Bon, comment je peux le surprendre la prochaine fois? Qu’est-ce que je pourrais tenter ensuite? » Tout ça, ça vous fait réfléchir. Cela permet justement de garder votre cerveau actif, en mouvement, avec toutes ses petites roues qui fonctionnent.
Jay Ingram :
Theone, we came here and I fully anticipated it. Hey, hey, hey.
Theone, nous sommes venus ici et j’étais tout à fait préparé à cela. Hé, hé, hé!
Dre Theone Paterson :
There he goes.
Le voilà qui s’en va.
Jay Ingram :
No, no, no, no. Oh, you see, that’s actually amazing that he responded. He’s not a responsive dog. It’s only quite recently that he’ll actually come when we call him.
Non, non, non, non! Oh, vous voyez, c’est en fait incroyable qu’il ait répondu. Robbie n’est pas du genre réactif. Ce n’est que depuis peu qu’il vient quand on l’appelle.
Dre Theone Paterson :
Oh, yeah.
Oh, oui.
Jay Ingram :
On a abordé plusieurs sujets, les avantages qu’un animal de compagnie peut apporter, mais, comme vous l’avez souligné, il reste encore des points à approfondir. Si vous deviez faire le point sur ce qu’on sait aujourd’hui de l’importance des animaux de compagnie pour la santé cognitive, que diriez-vous?
Dre Theone Paterson :
En tant que propriétaire d’animaux, je ne suis peut-être pas tout à fait objective, mais je dirais que c’est bénéfique pour tout ce dont on a parlé : le bien-être, les interactions avec les autres. Par exemple, un simple rendez-vous chez le vétérinaire pour un chat, c’est déjà une occasion de parler à quelqu’un. Et il y a la stimulation cognitive, l’activité physique, tout ça.
Jay Ingram :
Et même le bain de nature, ou peu importe le terme qu’on préfère. Juste le fait d’être dehors.
Hey, Robbie, come here. Come on. Come on. I mean, I have to say, it amuses me that he ignores me so much. Do you remember who I am? Come here. Come on. Here. Good dog, chase the stone.
Hé, Robbie, viens ici. Allez, viens. Ça m’amuse quand même qu’il m’ignore autant. Tu te souviens de moi? Viens ici. Voilà. Bon chien, va chercher le caillou.
Allison Sekuler :
J’aurais vraiment aimé être avec vous sur la plage. Qu’est-ce que tu as retenu de cette promenade?
Jay Ingram :
Eh bien, je pense qu’il y a des preuves assez solides que promener un chien est bon pour la santé, autant pour celle du chien que celle de son humain. On sait que rester en forme aide à prévenir la démence. Et comme Theone l’a souligné, il y a aussi des avantages émotionnels et cognitifs, qui contribuent aussi à la santé du cerveau. Mais comme je le mentionnais plus tôt, le lien direct avec une baisse du risque de démence reste encore un peu flou. Il n’y a tout simplement pas eu assez d’études jusqu’à maintenant.
Allison Sekuler :
C’est vrai, il n’y a pas encore assez de recherches, mais je comprends bien ce sentiment de connexion avec son animal de compagnie. J’ai eu un border terrier nommé Archie pendant 17 ans. Il a été l’un des plus grands amours de ma vie. Même après une journée vraiment horrible, quand je rentrais à la maison, il était là. Son amour inconditionnel me remontait instantanément le moral. En plus de l’exercice et du lien émotionnel, j’ai trouvé que cela renforçait aussi mes relations sociales. Quand je sortais promener mon chien, qui était très mignon, les gens venaient me parler dans la rue et me posaient des questions à son sujet. Je me faisais immédiatement des amis.
Jay Ingram :
J’ai remarqué que, quand quelqu’un s’approche de moi avec son chien et que je suis avec Robbie, j’ai tendance à parler plus au chien qu’à la personne. Je ne sais pas si ça compte comme une interaction sociale. Mais bon, ton chien a vécu très longtemps. Comment t’es-tu sentie, non seulement quand il est mort, mais aussi, disons, un an plus tard? Avais-tu encore ce sentiment de manque?
Allison Sekuler :
Oh, il me manque encore aujourd’hui. Ça fait environ dix ans. C’est un vide qui ne se comblera jamais. Le fait de devoir sortir marcher avec lui me manque aussi. J’ai vraiment l’impression que sa présence a été bénéfique pour ma santé mentale et mon bien-être, mais maintenant je suis tellement occupée que je ne pense pas qu’il serait juste d’adopter un autre chien.
Jay Ingram :
Non, c’est difficile. C’est un sentiment courant. La mannequin canadienne Lauren Chan a récemment raconté au Globe and Mail à quel point son chien avait transformé positivement sa vie très médiatisée. Bien sûr, ce n’est pas de la science, mais je pense qu’il est important de tenir compte de ces témoignages.
Allison Sekuler :
En tant que journaliste scientifique, tu connais déjà beaucoup de choses sur la biologie et les animaux, et tu as accès à tous ces témoignages. Y a-t-il autre chose qui t’a surpris dans le cadre de tes recherches pour écrire The Science of Pets?
Jay Ingram :
Il me semble y avoir de plus en plus de recherches scientifiques sur les animaux de compagnie. Par exemple, il y a le projet sur le vieillissement des chiens aux États-Unis. Depuis environ un an, les chercheurs collectent des données et commencent à comprendre les causes du vieillissement chez les chiens d’un point de vue chimique et moléculaire. À long terme, on comprendra probablement mieux ce qui se passe exactement lorsque les chiens vieillissent. Je suis persuadé que la plupart de ces données s’appliqueront aux mammifères, y compris aux humains. C’est donc une étude vraiment intéressante.
Allison Sekuler :
Toutes mes félicitations pour ton livre.
Jay Ingram :
Merci. Jusqu’à maintenant, nous avons parlé de la façon dont les animaux de compagnie peuvent aider à améliorer la santé du cerveau et même contribuer à prévenir la démence. Mais qu’en est-il après un diagnostic de démence? Bien sûr, un animal de compagnie peut être un excellent compagnon pour une personne atteinte de démence, mais à un certain moment, s’occuper d’un animal vivant devient trop difficile. Un animal robotisé pourrait-il remplacer un animal vivant? Peut-il procurer les mêmes bienfaits?
Allison Sekuler :
Notre prochaine invitée est une experte en la matière. La Dre Lillian Hung est professeure agrégée à l’École des sciences infirmières de l’Université de la Colombie-Britannique, où elle est titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les soins aux personnes âgées. Elle est également fondatrice du laboratoire IDEA à cette université. Elle y dirige une équipe qui explore comment les compagnons robotisés pourraient aider les personnes âgées et celles atteintes de démence. Cette équipe n’est pas composée uniquement de scientifiques, elle inclut aussi des personnes ayant une expérience vécue de la démence et leurs aidants. La Dre Lillian Hung nous parle depuis Vancouver. Lillian, merci de nous aider à défier la démence.
Lillian Hung :
Merci beaucoup de m’avoir invitée. C’est un honneur, et je pense que cette discussion va être très intéressante.
Allison Sekuler :
Nous le pensons aussi. Ma première question est la suivante : qu’est-ce qui vous a frappée au sujet de la promenade de Jay avec Robbie?
Lillian Hung :
À mon avis, avoir un animal de compagnie est un privilège extraordinaire qui donne un sens à la vie, que l’on soit atteint de démence ou non. Tout le monde a besoin de se sentir utile, c’est ce qui nous motive à nous lever le matin. Devoir s’occuper d’un chien, l’aimer… Ce n’est pas seulement donner de l’amour, c’est aussi en recevoir. C’est fondamental pour tout être humain.
Allison Sekuler :
Lillian, certains auditeurs ont peut-être déjà visité des foyers de soins de longue durée et vu les résidents interagir de différentes façons avec des compagnons robotisés. Pour d’autres, c’est peut-être un concept totalement nouveau. Alors, pourquoi des robots? Pourquoi avons-nous besoin d’animaux de compagnie robotisés?
Lillian Hung :
Parce que nous avons ce besoin fondamental de donner et de recevoir de l’amour. Aujourd’hui, on utilise ces animaux de compagnie robotisés dans les foyers de soins de longue durée, à l’hôpital, pour des activités de groupe, mais aussi avec des personnes seules. Les personnes peuvent tenir ces animaux robotisés dans leurs bras ou les garder sur leur lit. Le plus intéressant, c’est que quand une personne commence à créer un lien avec l’animal robotisé, elle devient comme son porte-parole. Elle en parle aux autres, un peu comme un propriétaire fier de son chien. C’est un sujet de conversation et ça favorise les liens sociaux entre les humains, pas seulement entre le robot et la personne.
Avoir un animal robotisé, c’est aussi très utile quand une personne a du mal à s’exprimer, surtout à un stade avancé de démence. Elle se sent en sécurité en lui parlant et en interagissant avec lui. L’animal offre un amour inconditionnel. On le caresse, il ouvre ses grands yeux pour demander de l’affection, mais il ne nous juge pas parce qu’on ne s’exprime pas très bien. Cela pousse vraiment la personne à parler ou à entrer en interaction, ce qui est très bon pour la santé du cerveau, même chez les personnes à un stade très avancé de démence, je pense.
Jay Ingram :
Lillian, pouvez-vous nous parler de ces robots?
Lillian Hung :
Oui. Dans les foyers de soins de longue durée, les gens ont sûrement déjà vu des robots ressemblant à des chats ou à des chiens. Moi, je travaille avec un animal robotisé appelé PARO. C’est un phoque robotisé doté d’un logiciel d’intelligence artificielle. PARO utilise l’apprentissage automatique pour apprendre à interagir avec les gens, donc il se souvient de la manière dont on le caresse. Il a aussi un répertoire de comportement qui lui permet de personnaliser ses interactions avec chaque personne. Il a de magnifiques yeux, donc il est difficile de ne pas l’aimer quand il tourne la tête et ouvre ses grands yeux pour vous regarder.
Jay Ingram :
Lillian, dans votre laboratoire, vous effectuez des tests sur ces compagnons robotisés. Que recherchez-vous exactement?
Lillian Hung :
Dans mon laboratoire, nous voulons comprendre comment un animal de compagnie robotisé peut être utilisé dans un cadre de soins formel, comme un hôpital ou un foyer de soins de longue durée. Nous voulons également comprendre l’expérience vécue par la personne. Nous travaillons étroitement avec des personnes atteintes de démence. Ce sont nos cochercheurs qui nous aident à déterminer les méthodes qui leur conviennent le mieux. Nous utilisons beaucoup la vidéo. Nous filmons la façon dont un groupe de résidents en soins de longue durée utilise l’animal robotisé, puis nous analysons ces images avec l’équipe de recherche, y compris la personne atteinte de démence. Cela nous aide à comprendre ce que signifie la présence d’un animal robotisé dans un foyer ou un hôpital et comment cela peut aider la personne.
Allison Sekuler :
Vous avez travaillé avec de nombreux robots, mais vous avez aussi de l’expérience avec les animaux de thérapie dans les milieux de soins. Y a-t-il quelque chose de différent ou d’unique chez un animal en chair et en os? Comment les robots se comparent-ils lorsqu’il s’agit d’établir un lien avec des personnes atteintes de démence?
Lillian Hung :
Je pense que l’accessibilité est l’un des grands avantages de ces animaux de compagnie robotisés. Ils peuvent toujours accompagner la personne. Un chien de thérapie ne vient qu’une fois par semaine, au mieux. La disponibilité est un enjeu majeur. Si, au milieu de la nuit, quelqu’un est très anxieux, l’animal robotisé est à sa disposition. Le fait de pouvoir utiliser le robot à des fins personnelles est aussi un énorme avantage. En effet, si le chien de thérapie ne vient qu’une fois par semaine, il est difficile de développer un vrai lien. Et c’est d’autant plus difficile si la personne a des troubles de la mémoire. L’animal robotisé lui est toujours présent. Souvent, le personnel se concentre sur les soins physiques, tandis que l’animal robotisé apporte un soutien émotionnel et psychologique, ce qui est souvent nécessaire.
Jay Ingram :
Lillian, je pense que les animaux de compagnie robotisés peuvent être utiles lorsqu’une personne n’est plus capable de s’occuper correctement d’un vrai animal, mais est-ce qu’ils peuvent vraiment le remplacer? Est-ce qu’ils offrent de réels avantages?
Lillian Hung :
Oui, ces animaux robotisés sont très efficaces pour réduire le stress. Pour répondre à votre question, je vais vous donner un exemple. Je travaille dans un hôpital. Un jour, un patient a été admis pour une affection cardiaque aiguë. Il souffrait beaucoup et était en état de délire. Il refusait que le personnel médical s’approche de lui. Quand on tentait de faire une prise de sang et ou l’électrocardiogramme, le patient donnait des coups de pied. Il était donc très difficile de lui prodiguer des soins. Dans ce genre de situation, on a souvent deux options. La première consiste à imposer les soins, ce qui peut être très stressant et traumatisant pour la personne et pour l’équipe médicale. La seconde, c’est de laisser le patient tranquille. Mais d’un point de vue éthique, on sait que ce n’est pas la bonne solution. Cette personne a besoin de soins. J’ai donc apporté PARO auprès du patient. Il a regardé le robot et a commencé à le caresser. Et lorsqu’on le caresse, le phoque robotisé tourne la tête vers nous et ouvre ses grands yeux. Le patient l’a regardé et a demandé : « As-tu mangé quelque chose? » C’était la première fois qu’il parlait. Pendant ce temps, le personnel médical a pu s’approcher, faire un électrocardiogramme et prélever un échantillon de sang. C’est tellement agréable de voir ça se produire. Dans ce genre de situation de crise aiguë, où un vrai chien n’est pas accessible, l’animal de compagnie robotisé peut faire l’affaire.
Jay Ingram :
Malgré tout, il existe une forme de stigmatisation associée à l’utilisation d’animaux robotisés plutôt que de vrais animaux. Vous avez écrit à ce sujet. Pouvez-vous nous expliquer d’où viennent ces préjugés?
Lillian Hung :
Oui, certaines familles n’aiment pas trop les animaux de compagnie robotisés et j’ai entendu des familles dire: « Je ne veux pas que mon père utilise un animal robotisé, ça risquerait de lui faire perdre sa dignité ou de donner l’impression qu’on le traite comme un enfant. Il n’a pas besoin de ça. » J’ai aussi lu qu’on proposait d’inclure, dans les directives préalables de soins, une mention précisant qu’on ne souhaite pas avoir d’animal robotisé rendu à ce stade, parce qu’on trouve que ça porterait atteinte à sa dignité. Tout cela montre que les animaux robotisés sont associés à une forte stigmatisation.
Jay Ingram :
Pourquoi pensez-vous qu’il est important de lutter contre la stigmatisation entourant les compagnons robotisés?
Lillian Hung :
C’est une question de justice sociale et d’équité. Une personne atteinte de démence devrait avoir les mêmes droits que n’importe qui d’autre, dès lors qu’elle comprend ce que signifie interagir avec un animal robotisé. Trop souvent, lors des recherches, on laisse les proches aidants décider de la participation, ce qui peut empêcher la personne atteinte de démence de participer aux activités ou d’utiliser le robot. J’ai souvent observé des résidents regarder d’autres personnes interagir avec le robot pendant une étude. Ils trouvent ça amusant et viennent me demander : « Est-ce que je peux participer moi aussi? Est-ce que je peux caresser le robot? » Pourquoi n’auraient-ils pas le droit d’interagir avec lui? Bien sûr, l’avis des proches aidants est important, mais il faut aussi écouter la voix et le point de vue de la personne atteinte de démence.
Jay Ingram :
À mesure que la démence progresse, certaines personnes finissent par ne même plus se rendre compte qu’elles interagissent avec un robot. Est-ce qu’on devrait le leur dire? Et au fond, est-ce que ça change vraiment quelque chose?
Lillian Hung :
C’est une excellente question. Lorsque j’apporte un animal robotisé, j’informe toujours la personne qu’il s’agit d’un robot. Il ne faut jamais tromper la personne, mais c’est à elle de décider comment elle souhaite interagir avec le robot. Dans 100 % des cas, les gens traitent le robot comme un animal vivant : ils lui parlent, le caressent. C’est à la personne de décider comment elle souhaite interagir avec lui.
Allison Sekuler :
Et maintenant, vous avez essayé toute une variété de robots. Existe-t-il un modèle unique qui convient à tous? Comment aidez-vous les personnes à choisir le bon robot?
Lillian Hung :
Je pense que cela dépend vraiment des besoins de la personne. Les parcours de vie sont très différents. Certaines personnes peuvent être à un stade précoce de la maladie et vouloir faire plus de choses avec le robot. Les robots sont conçus pour accomplir toutes sortes de tâches. Certains peuvent prendre des photos ou assurer une surveillance à domicile. D’autres personnes n’ont pas vraiment besoin de toutes ces fonctions sophistiquées. PARO, par exemple, est un robot simple. Certaines personnes trouvent qu’il est beaucoup plus facile d’interagir avec un animal robotisé qui ne parle pas. La démence s’accompagne souvent de troubles du langage. Je constate fréquemment que les personnes préfèrent un robot silencieux, car cela leur permet d’utiliser leur imagination et de « parler » à la place du robot. De cette façon, elles n’ont pas à se creuser la tête pour comprendre les phrases prononcées par le robot, et l’interaction peut se faire à un rythme qui leur convient.
Allison Sekuler :
Si vous deviez choisir un robot pour vous tenir compagnie, lequel choisiriez-vous?
Lillian Hung :
Ma vie évolue. Pour l’instant, je suis en bonne santé, mais si je développais une démence, je voudrais peut-être un autre type de robot. Plus la démence progressera, plus je pourrais souhaiter un autre type de robot. J’aime l’idée d’avoir du choix. Je possède un petit robot qui vit chez moi. Il est très accessible et proactif. Il me parle, m’informe lorsqu’il va pleuvoir et me rappelle de prendre un parapluie.
Jay Ingram :
Le coût est-il un enjeu? J’imagine que ces robots peuvent être chers.
Lillian Hung :
Oui, surtout ceux qui sont dotés d’une intelligence artificielle. Ils peuvent être assez coûteux. L’accessibilité est un enjeu important pour les gens, mais c’est le cas pour toute nouvelle technologie. Je pense que les concepteurs cherchent à rendre les robots plus abordables. Je travaille actuellement sur de nouveaux robots miniatures. J’ai un petit robot-lapin. Il s’appelle AIBI et coûte environ 400 dollars américains. Je constate aussi qu’il existe de plus en plus de robots en Asie et ils sont beaucoup plus abordables. Plus un robot est simple, plus son coût diminue.
Allison Sekuler :
Ce fut un plaisir de discuter avec vous aujourd’hui. Merci beaucoup d’avoir été des nôtres.
Jay Ingram :
Merci.
Lillian Hung :
Oh, ce fut un plaisir.
Allison Sekuler :
La Dre Lillian Hung est professeure agrégée à l’École des sciences infirmières et fondatrice du laboratoire IDEA à l’Université de la Colombie-Britannique. Elle nous a parlé depuis Vancouver, en Colombie-Britannique.
Jay Ingram :
On a entendu aujourd’hui des idées vraiment fascinantes sur les animaux de compagnie, qu’ils soient en chair et en os ou robotisés. As-tu déjà eu l’occasion de côtoyer des animaux de compagnie robotisés?
Allison Sekuler :
Oui. Au Centre d’innovation sur la santé du cerveau et le vieillissement, on a des animaux de compagnie robotisés : des chats, des chiens et même quelques oiseaux, mais pas de poissons. Avant la pandémie, une dame venait régulièrement avec sa mère, qui résidait dans notre foyer de soins de longue durée. La mère était pratiquement incapable de communiquer, mais sa fille l’amenait tous les jours dans notre laboratoire du Centre. Elle prenait un chat robotisé, l’allumait et le déposait sur les genoux de sa mère. Et dès que le chat se retrouvait sur ses genoux, c’était comme si elle reprenait vie et elle se mettait à sourire. Elle ne prononçait toujours aucun mot, mais elle riait, souriait, bougeait. Pendant la pandémie, j’étais très inquiète pour cette femme, car elle ne pouvait plus venir. Mais le personnel du foyer de soins de longue durée et du Centre a fait appel à l’organisme Joy For All, qui fabrique ces robots, pour distribuer 75 chats et chiens robotisés aux résidents. Fait intéressant, non seulement ces animaux robotisés semblaient apaiser les résidents, mais ils ont également commencé à leur rappeler des souvenirs liés à leurs propres animaux de compagnie. Et toi, as-tu déjà eu l’occasion de côtoyer des animaux robotisés?
Jay Ingram :
Non, mais j’ai lu plusieurs arguments contre leur utilisation. L’un d’eux, qu’on pourrait qualifier d’éthique, revient à dire que de donner un animal robotisé à une personne atteinte de démence revient à lui faire croire qu’il est réel ou à encourager ses propres illusions. Mais franchement, comme dans l’histoire que tu viens de raconter, si ces animaux apportent du réconfort, que ce réconfort est évident et qu’il ne provoque pas de détresse quand on retire l’animal, je n’y vois aucun problème. Si j’étais dans cette situation et que j’avais un animal robotisé qui me plaît, et ils vont devenir de plus en plus sophistiqués et réalistes, je n’hésiterais pas à en avoir un.
Allison Sekuler :
Je pense que si j’avais le choix, je préférerais évidemment un véritable animal de compagnie. Je veux dire, aucun robot ne peut remplacer Archie ou Robbie pour l’amour qu’ils peuvent nous donner et les interactions bien réelles qu’on partage avec eux. Peut-être qu’un jour les robots s’en approcheront, mais si je ne pouvais plus m’occuper d’un chien, ni le promener, ni le laver, alors je pense sincèrement que ces animaux robotisés représentent la meilleure solution.
Jay Ingram :
Quand j’écrivais mon livre, j’ai beaucoup réfléchi à cette question. J’essayais d’imaginer la qualité de la relation que l’on peut établir avec un animal de compagnie robotisé. Et en y réfléchissant, je faisais encore plus attention au comportement de Robbie, en essayant de voir quels comportements suscitaient une réaction émotionnelle chez moi. Je ne le décrirais pas comme un chien de salon, mais de temps en temps, lorsque je suis assis sur le canapé, il vient se coucher la tête sur ma jambe sans rien faire d’autre. Juste pour me toucher. C’est agréable. Et je me suis dit que, même si c’était un robot, cela aurait le même effet.
Allison Sekuler :
De nombreuses recherches suggèrent que les gens peuvent nouer des liens émotionnels très forts avec des robots, même quand ce ne sont pas des animaux de compagnie. Moi, j’ai vécu quelques jours avec un robot qui s’appelle ElliQ. Il ne ressemble pas du tout à un humain, il n’a même pas de visage. Quand il parle, c’est un anneau lumineux qui s’allume. Après une longue journée, quand je passais à côté de lui sa lumière s’allumait et il me demandait : « Alors, ta journée? ». Même ce petit détail m’a donné, en seulement quelques jours, un vrai sentiment d’attachement. Lorsque j’ai dû le remettre dans sa boîte, le débrancher et le ranger, j’ai eu l’impression de faire du mal à ce pauvre robot. Il y a quelque chose de sincère dans le lien que l’on peut ressentir.
Jay Ingram :
Les exemples les plus frappants que j’ai lus viennent de l’armée. Il y a eu des cas où des robots détecteurs de mines, conçus pour déclencher des explosions et être détruits en le faisant, étaient utilisés par des soldats qui, après coup, couraient ramasser les morceaux pour les récupérer car ils avaient développé un lien émotionnel avec cet objet métallique, qui n’a rien à voir avec un être humain. Je pense donc qu’il peut se créer un lien très fort entre homme et robot mais c’est encore mal compris.
Allison Sekuler :
Oui, et je pense qu’on peut dire qu’il n’y a pas d’âge pour prendre soin de son cerveau ou de son animal de compagnie, qu’il soit vivant ou robotisé.
Jay Ingram :
Absolument. Pour en savoir plus sur la manière de renforcer la santé du cerveau et de réduire le risque de démence, ou d’en ralentir la progression, visitez notre site Web, defierlademence.org.
Allison Sekuler :
Notre équipe de production pour ce balado est composée de Rosanne Aleong et Sylvain Dubroqua. La production est assurée par PodTechs et la musique a été composée par Steve Dodd. Le dessin de la page de couverture a été réalisé par Amanda Forbis et Wendy Tilby. Notre rédacteur et réalisateur associé est Ben Schaub. Nous remercions chaleureusement Mary Ann Moser de nous avoir aidés à enregistrer l’émission.
Jay Ingram :
Comme vous l’avez entendu, une partie de cette émission a été enregistrée sur une plage, au bord du Pacifique, à Victoria. Pour enregistrer en toute sécurité, nous avions besoin de données précises sur la marée montante – merci aux experts du Service hydrographique du Canada à Sidney, en Colombie-Britannique pour leur aide.
Allison Sekuler :
Nous tenons également à remercier les organismes qui ont financé ce balado, la Slaight Family Foundation, de même que le Centre d’innovation sur la santé du cerveau et le vieillissement, et Baycrest.
Jay Ingram :
Nous vous sommes très reconnaissants de votre soutien, alors n’hésitez pas à vous abonner à Défier la démence quelle que soit la plateforme où vous écoutez vos balados. N’oubliez pas de laisser un « J’aime », un commentaire ou une note de cinq étoiles.
Allison Sekuler :
Dans le prochain épisode de Défier la démence, une émission spéciale pour la période des fêtes.
Jay Ingram :
Et nous avons un cadeau pour vous. Nous explorerons à quel point le bénévolat ne profite pas seulement aux autres, mais peut également être bénéfique pour votre cerveau et nous aider à défier la démence.
Allison Sekuler :
Je m’appelle Allison Sekuler.
Jay Ingram :
Je m’appelle Jay Ingram. Merci d’avoir écouté Défier la démence, et n’oubliez pas : il n’y a pas d’âge pour prendre soin de son cerveau.