Dianne Parker :
Tout repose sur cette énergie qui circule au sein d’une communauté et qui vient raviver ce qu’il y a de vivant en nous. Cela nourrit notre équilibre mental, notre santé physique et, plus largement, tout ce qui nous définit. C’est ce qui nous permet de rester en meilleure forme pour avancer dans la vie avec joie.
Jay Ingram :
Voici notre invitée, Dianne Parker. Elle est bénévole depuis toujours. Et la science le confirme : les personnes qui font du bénévolat améliorent la santé de leur cerveau et vivent plus longtemps.
Allison Sekuler :
Bienvenue à Défier la démence, le balado pour quiconque a un cerveau.
Jay Ingram :
Défier la démence, c’est adopter des habitudes de vie qui réduisent nos risques de démence. Car la démence ne dépend pas seulement des gènes.
Allison Sekuler :
La génétique peut jouer un rôle, mais des facteurs liés au mode de vie, comme le manque d’exercice, l’isolement social et la diminution du bien-être, ne sont pas à négliger. Cette émission est enregistrée pendant la période des Fêtes, un moment propice au partage.
Jay Ingram :
Aujourd’hui, on s’intéresse au bénévolat. Donner de soi, offrir son temps, non seulement cela soutient ceux et celles qui en bénéficient, mais cela peut aussi contribuer à renforcer la santé du cerveau et à réduire le risque de démence. Je m’appelle Jay Ingram. Je suis journaliste scientifique. J’ai consacré la majeure partie de ma carrière à explorer et à écrire sur le cerveau.
Allison Sekuler :
Et moi, Allison Sekuler. Je suis présidente et scientifique en chef de l’Académie Baycrest pour la recherche et l’éducation, et du Centre d’innovation sur la santé du cerveau et le vieillissement.
Jay Ingram :
Joignez-vous à nous pour défier la démence et célébrer l’esprit de générosité. Parce qu’il n’y a pas d’âge pour prendre soin de son cerveau.
Allison Sekuler :
Avant de commencer, voici un avertissement de contenu. La première entrevue de cet épisode comporte des descriptions de comportements suicidaires et de violence.
Jay Ingram :
Si vous pensez que cela peut vous bouleverser, écoutez cet épisode avec précaution ou envisagez de ne pas l’écouter. Et maintenant, place au bénévolat et à ses bienfaits pour le cerveau.
Allison Sekuler :
Dans de nombreuses religions et cultures, cette période de l’année est célébrée comme une saison de générosité. Certaines familles consacrent traditionnellement du temps à venir en aide à des personnes plus démunies qu’elles.
Jay Ingram :
D’autres songent peut-être à leurs résolutions du Nouvel An ou se demandent si le bénévolat pourrait être une expérience gratifiante pour l’année à venir.
Allison Sekuler :
Nous avons donc un cadeau pour vous et votre cerveau. Les données s’accumulent et montrent que le bénévolat est excellent pour la santé cérébrale et qu’il peut contribuer à réduire le risque de démence.
Jay Ingram :
Ce serait notamment parce que des facteurs, comme l’engagement social, le bien-être et le sentiment d’avoir un but agiraient ensemble pour protéger le cerveau des bénévoles. Mais y a-t-il un moment où faire trop de bénévolat peut nuire à la santé?
Allison Sekuler :
C’est une question que nous aborderons plus tard dans l’émission avec une chercheuse qui a étudié de près le lien entre le bénévolat et la santé du cerveau. Mais d’abord, direction Halifax pour rencontrer une bénévole de longue date.
Jay Ingram :
La révérende Dianne Parker a 79 ans. Elle est grand-mère et prêtresse anglicane à l’église Saint-Mark de Halifax, l’une des plus anciennes de la ville. Même si elle est à la retraite et touche une pension, elle continue de servir comme membre du clergé bénévole. Elle a commencé à faire du bénévolat dès son plus jeune âge, en collectant des fonds pour la Croix-Rouge dans son village. Au fil des ans, elle a donné de son temps à la Société canadienne du cancer, à la Société de l’aide à l’enfance et à de nombreuses autres causes. Aujourd’hui, elle est bénévole à L’Arche Halifax, un foyer pour adultes en situation de handicap, et elle est aussi présidente bénévole d’une campagne de financement visant à restaurer un orgue centenaire de l’église Saint-Mark. La révérende Parker a reçu de nombreuses distinctions pour ses services, notamment les Médailles du jubilé de diamant et du jubilé de platine de la Reine Elizabeth II et la médaille commémorative du 150e anniversaire du Sénat du Canada. La révérende Dianne Parker est avec nous depuis Halifax. Dianne, merci de nous aider à défier la démence.
Dianne Parker :
Merci de m’avoir invitée. C’est un honneur et un plaisir. Merci.
Jay Ingram :
J’ai l’impression que vous n’avez pas l’habitude de parler de vous, et peut-être même que vous n’en avez pas envie, mais j’aimerais que vous nous décriviez votre bénévolat pour que les gens comprennent bien ce que vous faites. Pourriez-vous nous donner quelques exemples concrets de votre engagement actuel?
Dianne Parker :
Je suis actuellement bénévole au sein de la communauté de L’Arche, où j’organise chaque semaine des rassemblements communautaires, auxquels je participe et où je suis également pasteure, et j’aide autant que je le peux à la collecte de fonds. Je suis également membre du clergé bénévole à l’église Saint-Mark et, au besoin, dans d’autres lieux de culte du diocèse. D’ailleurs, ce matin même, une entreprise de pompes funèbres m’a appelée pour célébrer un rite d’inhumation pour une famille que je n’ai jamais rencontrée.
Ah, et puis il y a aussi l’orgue. Je milite activement pour la restauration d’un orgue Casavant de 105 ans dans l’église historique de Saint-Mark, située dans le nord de Halifax. Ce projet ne vise pas seulement la congrégation, mais toute la communauté. C’est son cœur. La musique est un langage universel, et cet orgue nous permet d’organiser des concerts et d’accueillir des personnes du monde entier, d’autant plus que le nord de Halifax compte de nombreux immigrants et réfugiés.
Allison Sekuler :
C’est incroyable. Qu’est-ce qui vous a poussé à faire du bénévolat dès votre plus jeune âge?
Dianne Parker :
Eh bien, quand j’étais enfant, je me souviens d’avoir fait du porte-à-porte pour collecter des fonds pour la Croix-Rouge.C’était vers la fin des années 1940 et dans les années 1950. C’est de là que tout a commencé. Mon père était connu pour donner son sang afin d’aider les gens. Et la Croix-Rouge, bien sûr, était l’organisation qui chapeautait tout cela. Mon père incarnait vraiment le cœur de la communauté, et pour moi, le bénévolat est le tissu même qui la relie. C’est tellement vivifiant, pas seulement pour les personnes que l’on soutient, mais aussi pour soi-même. Mon parcours spirituel dans notre communauté paroissiale, où l’on nous enseignait à être présents pour les autres, a également joué un rôle important. Ma mère et ma grand-mère enseignaient le catéchisme et, à l’adolescence, j’ai fini par suivre leur exemple. J’ai donc été imprégnée par les récits sur le bénévolat et son importance, mais aussi par les exemples concrets au sein de la communauté, non seulement de mon père, mais d’autres personnes également.
Allison Sekuler :
En vous écoutant parler de toutes les activités bénévoles que vous menez depuis des années, je suis très curieuse de savoir comment vous choisissez celles auxquelles vous consacrez votre temps et ce qui vous pousse à faire du bénévolat depuis si longtemps.
Dianne Parker :
On ne veut pas s’épuiser en tant que bénévoles. C’est un avertissement que je donne aux autres quand je les encourage à se lancer dans le bénévolat. Si l’on s’épuise, notre santé en souffre, et cela ne profite plus à personne. Il faut donc trouver un équilibre. Parfois, cela signifie décider combien de temps – combien d’années – on va se consacrer à un domaine en particulier, puis passer à autre chose ou mettre ce domaine de côté pour s’investir davantage dans un autre. C’est une question d’équilibre.
Jay Ingram :
Dianne, cet épisode de Défier la démence porte sur la façon dont le bénévolat contribue à réduire le risque de démence. Selon vous, comment cela fonctionne-t-il? Qu’est-ce qui, dans le bénévolat, aide les gens à rester en bonne santé mentale?
Dianne Parker :
Eh bien, cela leur donne un but dans la vie. Le bénévolat aide aussi les gens à sortir de l’isolement, qui est si nocif. On l’a bien vu pendant la pandémie de COVID-19 : beaucoup de gens en ont souffert, mentalement et physiquement. Lorsque les gens font du bénévolat, ils rejoignent une communauté sociale où ils se font des amis. Et à mesure que les relations se développent, ils commencent à partager leurs difficultés, qu’il s’agisse de problèmes de santé, de finances, etc. Il se peut qu’un membre du groupe avec lequel ils font du bénévolat puisse les orienter vers des professionnels qui les aideront dans leur parcours. Il ne s’agit donc pas seulement de donner sans arrêt. C’est un partenariat. Tout repose sur cette énergie qui circule au sein d’une communauté et qui vient raviver ce qu’il y a de vivant en nous. Cela nourrit notre équilibre mental, notre santé physique et, plus largement, tout ce qui nous définit. C’est ce qui nous permet de rester en meilleure forme pour avancer dans la vie avec joie.
Jay Ingram :
À votre avis, quels bénéfices votre cerveau a-t-il tirés de tout le bénévolat que vous faites?
Dianne Parker :
Eh bien, cela m’a permis de rester vive d’esprit. Par exemple, lorsque je fais du bénévolat à l’église, il y a des dimanches où c’est moi qui donne le sermon. Cela demande un peu de planification et de réflexion. Je fais des recherches et j’écris toujours un texte, sinon, je pourrais parler pendant une demi-heure ou une heure.
Allison Sekuler :
Dianne, on l’a déjà dit, vous avez reçu plusieurs médailles importantes pour votre bénévolat et votre engagement communautaire. Je suis certaine que ce n’est pas ce qui vous motive. Alors, quels sont, sur le plan personnel, les moments du bénévolat qui vous ont le plus marquée?
Dianne Parker :
Les moments qui ont le plus compté pour moi sont ceux où je peux constater une différence dans la vie de quelqu’un. Je vais vous raconter deux histoires. Il était trois heures du matin. Mon téléphone, que je laisse près de mon lit, a sonné. La voix à l’autre bout du fil m’a dit : « Je viens d’écrire ma lettre de suicide. » Cette personne avait entendu parler de moi des années auparavant. Je ne me souvenais plus de son nom, mais il lui a suffi de faire une recherche en ligne pour trouver mon numéro. Mon premier réflexe a bien sûr été de la garder au bout du fil et d’en savoir le plus possible sur son histoire. Je ne l’ai quittée qu’une fois assurée qu’elle recevrait de l’aide chez elle. Beaucoup plus tard, j’ai pris de ses nouvelles et j’ai appris qu’elle avait reçu de l’aide et qu’elle continuait d’avancer dans la vie, tant bien que mal, avec beaucoup de soins et d’accompagnement.
J’ai vécu une autre situation, qui s’est produite maintes fois, où la sonnette du presbytère, la maison de l’église, retentissait. De l’autre côté de la porte se tenait une femme debout, un sac poubelle à la main. C’était tout ce qu’elle avait pu emporter. Elle avait été victime de violence et s’était enfuie. Une fois encore, il fallait réagir. Dans ce cas précis, comme dans bien d’autres, elle a pu refaire sa vie. Nous l’avons aidée à s’inscrire dans un collège communautaire, elle a fini par trouver un emploi qui lui a permis de toucher une pension et elle a pu renouer avec ses enfants. Pour moi, cela vaut plus que n’importe quelle médaille. Et ce n’est pas grâce à moi. Je ne suis qu’une intermédiaire. Je ne fais qu’assurer la liaison. Chaque jour, j’ai l’impression de ne pas être à la hauteur.
Quand on s’installe dans une communauté, on tisse immédiatement des liens. Il y a trois lieux clés : un garage, une pharmacie et un motel. Au garage, je me présente, j’explique qui je suis et pourquoi je suis là. Je peux appeler et dire : « Voici le numéro d’immatriculation de la voiture qui va arriver à votre station-service. Je ne peux pas venir avec cette personne. Faites le plein de cette voiture, et je vous paierai plus tard. » C’est pareil pour la pharmacie. J’appelle, je me présente et j’explique que telle personne viendra chercher une ordonnance. L’employé lui remet les médicaments, et je passe plus tard pour régler la facture. Et puis il y a le motel, de préférence avec un restaurant. Il m’arrive d’appeler au milieu de la nuit. Par exemple, une personne vient de sortir d’une situation de violence conjugale ou est en fuite. Je ne peux pas toujours l’accompagner. Je donne le nom. L’employé réserve une chambre et s’assure que la personne mange tout de suite. Je passe le lendemain.
Allison Sekuler :
C’est incroyable. C’est formidable que les gens puissent compter sur vous.
Dianne Parker :
Je ne suis qu’une parmi tant d’autres à faire cela, mais l’essentiel est de tisser des liens dans la communauté. Pour revenir à la question – désolée, je me suis un peu écartée –, dans ce contexte, cela m’aide à rester alerte. Cela concerne les autres, on collabore pour venir en aide à ceux qui en ont besoin. Il faut réfléchir à la façon de le faire. Il faut élaborer une stratégie.
Jay Ingram :
Dianne, je suis certain que de nombreux auditeurs envisagent de faire du bénévolat pour la première fois, mais ne savent pas trop par où commencer. Que leur diriez-vous?
Dianne Parker :
Commencez par trouver un autre bénévole. Si vous vivez dans une petite communauté, vous connaissez certainement des organismes qui ont besoin de bénévoles, ou peut-être un voisin, un membre de votre groupe confessionnel ou quelqu’un qui fait ses courses dans la même épicerie que vous. Cette personne pourra vous orienter. Elle connaît peut-être même d’autres endroits qui cherchent des bénévoles. À Halifax, par exemple, nous avons des programmes pour les enfants. Le centre communautaire du quartier 5, par exemple, propose des déjeuners, des dîners et des activités parascolaires pour les enfants. Tous ces endroits recherchent des bénévoles. Il y a aussi la Mission auprès des gens de mer à Halifax. On y sert des repas pour les gens de mer. Des équipages du monde entier y viennent et nous leur offrons des cadeaux, en particulier à Noël. Beaucoup viennent de pays où ils ne sont pas équipés pour affronter le froid de Halifax. Ils ont donc forcément besoin de chaussettes, de mitaines et de bonnets, et il y a des gens qui tricotent tout cela pour eux.
Jay Ingram :
Quand vous pensez au lien entre le bénévolat, le fait de bien vieillir et peut-être même de défier la démence, quel message aimeriez-vous faire passer aux auditeurs?
Dianne Parker :
Considérons le bénévolat comme un mouvement dans la danse de la vie. La vie est une danse avec le Créateur, quel que soit le nom que vous lui donniez, votre religion ou votre philosophie. C’est une danse avec toute la création, avec le Créateur, avec tout ce qui respire : les poissons, les oiseaux et surtout nous, les humains, entre nous. Cette danse est profondément vivifiante. Si le rythme est celui de la compassion et de l’entraide au sein de la communauté, le bénévolat prend toute sa place dans cette danse. La récompense ne se limite pas uniquement à votre propre bien-être. Vous devenez plus productif pour vous-même et pour ceux qui vous entourent, tout en encourageant les autres à faire de même. Cela peut sembler ambitieux, mais en réalité tout commence par une petite goutte d’eau dont les ondulations se propagent et se connectent au rythme des autres. Que vous considériez cela comme une danse ou comme un moyen de contribuer à votre environnement, être présent et cheminer ensemble en vaut vraiment la peine. Cela aura de l’importance non seulement dans votre vie, mais aussi dans celle de tant d’autres et dans le monde entier.
Jay Ingram :
Dianne, c’était formidable. Merci infiniment de nous aider à défier la démence et merci, au nom de milliers de personnes, j’en suis sûr, pour tout le bénévolat que vous faites.
Allison Sekuler :
Oui. Merci beaucoup.
Dianne Parker :
Merci. Merci de m’avoir invitée. Que Dieu vous bénisse, ainsi que tous nos auditeurs!
Jay Ingram :
La révérende Dianne Parker est prêtresse anglicane dans le diocèse de la Nouvelle-Écosse et de l’Île-du-Prince-Édouard. Elle nous a parlé depuis Halifax, en Nouvelle-Écosse. Notre prochaine invitée est une experte en générosité. Et non, ce n’est pas le père noël.
Allison Sekuler :
Nicole Anderson est ma collègue ici à Baycrest, et elle a écouté le témoignage de Dianne. Titulaire d’un doctorat, Nicole étudie le vieillissement du cerveau et la façon dont les habitudes de vie peuvent réduire le risque de démence. En 2014, elle a publié un article largement cité dans lequel elle explore la façon dont le bénévolat peut favoriser la santé du cerveau. Nicole est scientifique principale à l’Institut de recherche Rotman et directrice scientifique associée du Centre Kimel pour la santé et le bien‑être du cerveau à Baycrest. Elle est aussi professeure de psychologie et de psychiatrie à l’Université de Toronto. Elle a déjà collaboré avec nous lors de l’émission, tant pour le balado que pour de nombreux événements en direct. Merci encore, Nicole, de nous aider à défier la démence.
Nicole Anderson :
Il n’y a pas de quoi. Je suis heureuse d’être ici.
Allison Sekuler :
Qu’est-ce qui t’a frappée dans l’histoire de Dianne Parker quand vous l’avez entendue?
Nicole Anderson :
Beaucoup de choses m’ont frappée dans son discours. Son analyse était juste scientifiquement. La façon dont elle décrit les bienfaits du bénévolat correspond tout à fait à ce que nous montrent les recherches. Elle a expliqué que le bénévolat lui donnait un but dans la vie, par exemple, et cela a déjà été démontré. Il a même été prouvé que le simple fait d’avoir un but dans la vie est associé à une réduction du risque de démence.
Jay Ingram :
Nicole, que montrent actuellement les données concernant le bénévolat comme facteur de protection de la santé cérébrale?
Nicole Anderson :
En 2014, il y a donc un certain temps, nous avons réalisé une revue exhaustive rassemblant toutes les études disponibles. Nous avons constaté qu’il existe un lien évident entre le bénévolat et une diminution des symptômes de dépression, une meilleure santé autodéclarée, moins de limitations fonctionnelles et une plus grande longévité. Autrement dit, les bénévoles vivent plus longtemps que les non-bénévoles. Depuis 2014, les recherches publiées ont confirmé ces résultats, mais elles vont aussi plus loin. Il est désormais établi que le bénévolat contribue également à réduire la solitude, et qu’il présente des avantages cognitifs. Il aide même à réduire notre âge biologique en agissant sur des facteurs épigénétiques qui influencent la vitesse à laquelle nous vieillissons. Bref, les connaissances ont beaucoup évolué depuis.
Jay Ingram :
Pourrions-nous préciser ce que vous entendez exactement par « bénévolat »? Y a-t-il un éventail d’activités que vous considérez comme du bénévolat?
Nicole Anderson :
Toutes ces recherches se concentrent sur le bénévolat organisé, c’est-à-dire le bénévolat effectué au sein d’une organisation ou d’un organisme sans but lucratif. Ces données ne proviennent pas du bénévolat non organisé, qui correspond le plus souvent à des activités de soins et de soutien non rémunéré. Cette distinction est importante, car nous savons que le fait d’être aidant est associé à un risque accru de démence. On endosse ce rôle dans des circonstances souvent difficiles, on fait de son mieux, mais c’est extrêmement stressant. Ici, nous parlons donc bien de bénévolat organisé.
Allison Sekuler :
Tu as indiqué que même des éléments comme l’âge du cerveau ou la façon dont il vieillit pourraient être modifiés. A-t-on une idée de ce qui se passe dans le cerveau des bénévoles qui pourrait réduire leur risque de démence?
Nicole Anderson :
Non, pas directement. Une seule étude a examiné l’imagerie cérébrale de personnes faisant du bénévolat en comparaison avec un groupe témoin. On a observé certains changements dans les schémas d’activation du cerveau, mais avec ou sans changement détectable, nous savons déjà que le bénévolat améliore la santé physique, le bien-être psychosocial et les fonctions cognitives. On peut donc s’attendre au minimum à ce qu’il contribue à développer une plus grande réserve cognitive, ce qui permet aux personnes de mieux résister aux effets négatifs d’une maladie cérébrale susceptible de provoquer la démence. On s’attend également à une plus grande résilience face à toutes sortes de pathologies cérébrales.
Allison Sekuler :
Est-il possible que ce soit simplement des personnes en meilleure santé ou les plus motivées qui fassent du bénévolat, ce qui fausse les résultats?
Nicole Anderson :
Absolument. Et en fait, c’est effectivement le cas : les bénévoles ont tendance à être un peu plus jeunes que les non-bénévoles. Au sein d’une même tranche d’âge, les bénévoles sont généralement plus scolarisés, en meilleure santé et moins déprimés au départ. Cependant, même en tenant compte de ces différences initiales, lorsqu’on les suit dans le temps, on observe qu’ils deviennent moins déprimés. Ils continuent également de déclarer une meilleure santé et moins de limitations fonctionnelles.
Jay Ingram :
Pensez-vous que les médecins et les cliniciens devraient recommander le bénévolat comme moyen de favoriser la santé du cerveau?
Nicole Anderson :
Oui, absolument. Il y a actuellement un mouvement important en faveur de ce qu’on appelle la prescription sociale, et le bénévolat en est un excellent exemple. Il serait formidable que les médecins encouragent non seulement les personnes âgées, mais aussi les adultes d’âge moyen et les jeunes à faire du bénévolat afin d’ajouter une dimension psychosociale, cognitive et d’activité physique à leur quotidien.
Jay Ingram :
Y a-t-il une sorte de seuil? Disons que je fais du bénévolat une fois par semaine plutôt que trois fois par semaine : est-ce que c’est important? Est-ce que ça change quelque chose?
Nicole Anderson :
Il semble que oui. D’après l’étude approfondie que nous avons menée, il semblerait qu’environ 100 heures de bénévolat par an soient le seuil idéal pour en tirer des avantages. Les bienfaits augmentent jusqu’à ce seuil, puis ils stagnent. Parfois, si l’on en fait trop, on peut perdre certains de ces bienfaits. Dianne en a d’ailleurs parlé. Il faut éviter d’en faire trop au risque de s’épuiser. Nous avons également mené une étude ici, à Baycrest, sur les avantages du bénévolat. Nous avons constaté que le bénévolat présentait des avantages cognitifs, mais surtout chez les personnes qui ne consacraient pas trop de temps à cette activité. Cela confirme donc l’intuition de Dianne : il est préférable de faire suffisamment de bénévolat, sans en faire trop.
Jay Ingram :
À votre avis, pourquoi existe-t-il une limite idéale?
Nicole Anderson :
Quand on en fait trop, le bénévolat finit par ressembler à un travail, ce qui n’est pas ce à quoi les gens s’attendaient au départ. Cela devient une obligation qui empêche de faire d’autres activités et qui peut être très stressante. On constate d’ailleurs que les personnes qui consacraient trop d’heures au bénévolat n’en tiraient pas autant d’avantages cognitifs. De même, celles qui occupaient des rôles de bénévolat trop complexes, difficiles ou exigeants en tiraient également moins d’avantages cognitifs. C’est donc un peu comme « moins, c’est plus ». Il n’est pas nécessaire de consacrer énormément de temps au bénévolat ni d’assumer des rôles trop exigeants pour en tirer des avantages.
Allison Sekuler :
Vous, vous avez parlé de 100 heures. Est-ce le nombre d’heures qu’il faudrait viser, ou plutôt une limite à ne pas dépasser?
Nicole Anderson :
Ça en a tout l’air. C’est un bon objectif à atteindre. Ensuite, si vous en faites davantage, demandez-vous quels effets cela a sur vous. Est-ce négatif? Si la réponse est oui, réduisez peut-être le nombre d’heures où vous faites du bénévolat.
Allison Sekuler :
L’un des slogans de Défier la démence, c’est qu’il n’y a pas d’âge pour prendre soin de son cerveau. Le bénévolat est-il bénéfique à tout âge ou pensez-vous qu’il est particulièrement important pour les personnes âgées?
Nicole Anderson :
Je pense que le bénévolat est bénéfique à tout âge, mais il est particulièrement important pour les personnes âgées et d’âge moyen lorsqu’il s’agit de défier la démence, car nous savons que ce que nous faisons au milieu et à la fin de la vie a une grande influence sur la réduction du risque de démence.
Allison Sekuler :
On entend parfois parler de personnes dont l’état s’est rapidement détérioré après la retraite. Recommanderiez-vous de prévoir des activités de bénévolat avant la retraite?
Nicole Anderson :
Oui. Beaucoup de gens préfèrent ne rien faire pendant la première année suivant leur retraite, mais je ne recommande pas cette approche. Je leur conseille plutôt de choisir deux ou trois activités qu’elles aimeraient faire ou reprendre. Le bénévolat est une excellente option, car il offre des avantages physiques, cognitifs et psychosociaux.
Allison Sekuler :
Ça peut donc être du bénévolat, ça peut être de jouer du violon électrique, comme le fait Jay, ou de faire du théâtre… Il y a plein de possibilités.
Nicole Anderson :
Exactement.
Jay Ingram :
Nicole, nous approchons de la période des Fêtes, un moment qui peut paradoxalement apporter solitude ou stress. Est-ce que faire du bénévolat uniquement pendant les fêtes peut quand même être bénéfique pour le bien-être et le cerveau?
Nicole Anderson :
Nous avons évoqué ces 100 heures par an comme étant un « point idéal » pour profiter des bienfaits du bénévolat. Si l’on ne fait du bénévolat que pendant les fêtes, on n’atteint sans doute pas ce seuil, mais c’est tout de même mieux que rien. C’est l’occasion de contribuer à une organisation. On nous confie des tâches, on apprend de nouvelles choses, on les fait avec d’autres personnes, et il y a forcément des avantages, même sur le court terme.
Allison Sekuler :
Nicole, merci encore de nous aider à défier la démence.
Jay Ingram :
Merci.
Nicole Anderson :
Oh, je vous en prie. Ce fut un plaisir.
Allison Sekuler :
Titulaire d’un doctorat, Nicole Anderson est scientifique principale à l’Institut de recherche Rotman et directrice scientifique associée du Centre Kimel pour la santé et le bien‑être du cerveau à Baycrest. Elle est également professeure de psychologie et de psychiatrie à l’Université de Toronto. Elle nous a parlé depuis Toronto.
Jay Ingram :
Allison, qu’est-ce qui t’a le plus marquée dans ce que nous avons entendu jusqu’à présent?
Allison Sekuler :
Eh bien, j’ai adoré la façon dont Dianne a décrit le bénévolat comme faisant partie de la « danse de la vie ». C’était une très belle façon de le décrire. Je pense qu’elle voulait dire que la vie est si riche. Le bénévolat lui donne un but, et ce sens donné à la vie, c’est vraiment cet élément qui était au cœur de tout ce qu’elle disait.
Jay Ingram :
Nous en avons brièvement parlé, mais le bénévolat me semble être un exemple typique de ce dont nous parlons dans ce balado, c’est-à-dire une combinaison d’une ou plusieurs choses que l’on peut faire pour réduire le risque de démence. Quand on y pense, le bénévolat nous fait sortir de chez nous. Il permet de socialiser. Il oblige à mobiliser son cerveau dans différentes situations, surtout si l’on fait du bénévolat dans différents milieux.
Allison Sekuler :
On peut même faire de l’exercice en même temps.
Jay Ingram :
On peut faire de l’exercice, à moins de seulement marcher jusqu’à sa voiture, mais dans l’ensemble, c’est vraiment une bonne combinaison. Tu as parlé du fait d’avoir un but, et je pense que c’est peut-être l’aspect le plus important. L’autre chose qui me fascine, et qui n’est malheureusement pas encore tout à fait expliquée, c’est ce qui se passe réellement dans le cerveau. Le bénévolat est bénéfique pour le cerveau. Il procure tous les avantages dont Nicole nous a parlé, mais que se passe-t-il réellement? J’aimerais beaucoup le savoir.
Allison Sekuler :
Il reste évidemment beaucoup de travail à faire, mais nous avons justement appris dans un épisode précédent que le fait d’avoir un but dans la vie était lié au bien-être et à la santé du cerveau. On sait également que des changements dans le cerveau sont associés à cela. On peut donc se demander si tout cela n’est pas lié d’une manière ou d’une autre. J’ai également trouvé très intéressante la remarque de Nicole au sujet du « juste milieu » en matière de bénévolat, car j’ai toujours pensé que plus on en faisait, mieux c’était. Mais il semble que, pour certaines personnes du moins, faire trop de bénévolat peut avoir une signification différente. Au-delà de 100 heures par an, cela peut ressembler plus à du travail. Et on peut présumer que ce seuil varie d’une personne à l’autre. Je pense que le meilleur conseil est de faire autant de bénévolat que possible, tant que cela vous rend heureux et vous donne un but, mais de faire le point si vous avez l’impression d’en faire trop.
Jay Ingram :
Oui. Et si vous êtes à un moment de votre vie où vous n’avez plus tellement envie de travailler de 9 h à 17 h, l’idée que c’est un travail peut être assez déprimante. Il faut aussi garder cela à l’esprit.
Allison Sekuler :
Absolument.
Jay Ingram :
Pour en savoir plus sur la manière de devenir bénévole, de renforcer la santé du cerveau et de réduire le risque de démence, ou d’en ralentir la progression, visitez notre site Web sur defierlademence.org. Vous y trouverez les autres épisodes du balado, ainsi que nos vidéos, des images infographiques et d’autres ressources.
Allison Sekuler :
Notre équipe de production pour ce balado est composée de Rosanne Aleong et Sylvain Dubroqua. La production est assurée par PodTech. La musique a été composée par Steve Dodd et le dessin pour la page couverture a été réalisé par Amanda Forbis et Wendy Tilby. Notre rédacteur et réalisateur associé est Ben Schaub.
Jay Ingram :
Nous tenons également à remercier les organismes qui ont financé ce balado, la Slaight Family Foundation, de même que le Centre d’innovation sur la santé du cerveau et le vieillissement, et Baycrest.
Allison Sekuler :
Nous vous sommes aussi très reconnaissants de votre soutien, alors n’hésitez pas à vous abonner à Défier la démence, quelle que soit la plateforme où vous écoutez vos balados. N’oubliez pas de laisser un « J’aime », un commentaire ou une note de cinq étoiles.
Jay Ingram :
Dans le prochain épisode de Défier la démence, il sera question de la dépression et du risque de démence. De nombreuses personnes souffrent de dépression et beaucoup d’entre elles, ainsi que leurs proches, savent que la dépression peut avoir des conséquences déterminantes sur la santé générale. Il est également prouvé que la dépression est un facteur de risque de démence.
Allison Sekuler :
Ce n’est évidemment pas une bonne nouvelle, mais comme vous l’entendrez également, il y a des raisons d’espérer et des options à envisager. C’est ce que nous verrons dans le prochain épisode de Défier la démence. Je m’appelle Allison Sekuler.
Jay Ingram :
Et moi, Jay Ingram. Merci d’avoir écouté Défier la démence. Et n’oubliez pas : il n’y a pas d’âge pour prendre soin de son cerveau.